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A méditer ….

TRANS AQ 2011 par Pierrick

TRANS AQ 2011

La Trans Aq c’est un flyer pris sur une table lors d’une course il y a 2 ans. Un flyer mis de côté car 240 kms en autosuffisance c’est pour les coureurs expérimentés dont je ne fais pas parti. Lorsqu’Hélène émet l’idée de courir l’édition 2011, je me dis que l’heure est arrivée de franchir un cap. Le temps de préparer ma petite famille à cette idée, de programmer mon absence au bureau et fin décembre je me lance dans l’aventure.

Je dis souvent que ce que je préfère dans une course c’est la préparation. Pour le Trans Aq c’est encore plus vrai.

Pendant 6 mois c’est tout d’abord une préparation physique où le kilométrage et le travail du dénivelé auront une place prépondérante. Fin février, pendant qu’Hélène par pour un raid dans le sud marocain, je reconnais un circuit sur Pléchatel – St Senoux – St Malo de Phylis à fort dénivelé. Ce circuit sera notre terrain de jeu favori dans la dernière phase de notre préparation. Dans notre programmation, nous inscrivons à l’Eco trail de Paris comme course test. Pour un test, ce fut un test négatif ! Mais aussi positif car cet abandon au km 65 me fait prendre conscient du travail qu’il reste à accomplir pour être au top 4 mois plus tard. Hélène en attentive partenaire saura avoir les mots pour me remettre sur les rails. Son expérience acquise au cours des raids africains me sera d’une grande utilité. Nous montons progressivement en volume, puis après une stabilisation nous reprenons notre monter en puissance. Nous incorporons des blocs de fatigue, des blocs de 4 à 5 jours d’entrainement consécutif dans notre préparation afin de préparer notre corps à mieux supporter la fatigue.

C’est aussi une préparation matérielle et logistique. Il nous faut préparer le sac à dos, avec matériel obligatoire, couchage, vêtements, repas lyophilisés et   tout ce qui est nécessaire pour survivre pendant une semaine. L’organisateur fournit uniquement une tente, un réchaud et l’eau ! Le reste c’est au coureur de s’organiser en respectant un poids de sac compris entre 3 et 7 kg. Nous partageons nos lectures, nos tests et le casse tête durera jusqu’à la veille du départ.

Nous consacrerons 4 semaines à tester grandeur nature notre sac à dos sur les chemins de halage et forestiers dans les environs de St Senou. Lionel en ami dévoué sera des nôtres lors de ces derniers préparatifs.

S-1. Nous fin prêt. Nous sommes confiants et pressé d’être sur les bords de l’Atlantique. A quelques jours du départ, le papa d’Hélène est victime d’un grave problème de santé. Le pire est à craindre. Jusqu’au dernier moment son départ est compromis. L’état de santé de son père se stabilise, et avec le soutien de ses proches, elle prend la décision de partir pour la Trans Aq.

J-2 – Samedi 28 mai. Le samedi est un jour en demi-teinte. Dure d’être enthousiasme lorsqu’un proche est hospitalisé. Je suis de tout cœur avec Hélène et je comprends son attitude, ce sont toujours de moments délicats à vivre. Au fil des kms nous plongeons petit à petit dans notre semaine de course. Un téléphone au clavier bloqué, puis une lampe frontale récalcitrante montreront l’état de fébrilité dans lequel est Hélène.

Nous arrivons en fin d’après midi à Hourtin. Premier contact avec l’équipe organisatrice. Nous faisons connaissance de Gérard Caupène, l’organisateur, puis d’Isabelle qu’Hélène à côtoyer lors d’un raid au Mali. Puis c’est 5 luxembourgeoises qui croissent notre route, elles connaissent Hélène par l’intermédiaire d’un copain qui à fait le Mali 2 ans plus tôt. La renommé d’Hélène à franchit les frontières !

Le feeling passe et nous décidons de partager notre fleur. Quézaquo ? Une fleur est composée de 3 pétales et 1 pétale = 1 tente de 3 personnes. Vous suivez ? Nous nous retrouvons donc 9 coureurs dans une fleur qui porte le joli nom de « Dunes d’amour ». Je serai avec Philippe qui nous rejoindra le lendemain, entouré pendant une semaine de 7 sympathiques « jeunes » femmes. La course aurait pu commencer plus mal !!

Suit le repas du soir en compagnie de 4 suisses et 1ère nuit en tente. Le matelas de 8 mm s’avère très insuffisant tout comme l’épaisseur de sac de couchage. Nous sommes au bord d’un lac et l’humidité de la fin de nuit pénètre partout, il faudra s’habituer car nous aurons une majorité de nuits en bordure de lac.

J-1 – Dimanche 29 mai. Le dimanche est consacré aux formalités administratives et à la validation des équipements. L’après midi c’est la pesée du sac, un rituel dans l’organisation de la Trans Aq. Ma 1ère pesée dépasse les 6 kg alors que mon sac de mi-course est à 2.5kg. Je réparti mieux mes affaires et décide de faire l’impasse sur un tee-shirt supplémentaire et autres gadgets superflus quand on est au fin fond de la forêt landaise. Nous privilégions les batteries et accu pour nos portables et Garmin. Vu les circonstances, il faut qu’Hélène puisse être joignable tout au long de la semaine. Le sac de course sera validé à 5.5kg et le sac de mi-course à 2.96kg (maxi autorisé = 3kg). A partir de cet instant nous sommes dans la course.

Le reste de la journée nous faisons plus ample connaissance avec nos voisines. Marie Laure et Philippe viendront compléter les 3 tentes. Philippe, landais d’origine a déjà fait la Trans Aq en 2009 sera notre colocataire à Hélène et moi.

En fin d’après midi, briefing de Gérard, Sue à la traduction anglaise. Il portera sur les grandes lignes du règlement, les recommandations de sécurité et surtout sur l’utilisation des road book : densité du sable, légende des divers chemins, …

Nous sommes invités à partager un ti-punch en mémoire d’un membre du staff disparu quelques mois plus tôt. Suit le repas du soir (pâtes à la bolognaise) qui sera notre dernier repas « naturel » avant une semaine.

Derniers préparatifs, Dernière soirée avant le grand saut vers ………… l’inconnu.

Etape 1 - Lundi 30 Mai

Piqueyrot (Hourtin) / Maison Forestière de la Gracieuse (Hourtin)

26,3 KM, D+ 342 m. Cut off 4h47 (5,5 km/h)

Première mise en jambes avec une étape courte mais qui nous donnera un aperçu de la Trans Aq car tous les terrains y seront abordés. Notre objectif de la journée c’est simple : cool. Ne pas griller des forces inutiles, rester dans l’allure fixée (7 km/h) avec un temps estimé à 3h47 ! Donc pour ces 1ers kms c’est en fin de peloton que nous commençons notre périple. Tout d’abord sur une piste cyclable tous en longeant le lac d’Hourtin, puis c’est les longs sentiers en forets que nous découvrons en direction de l’océan. Passage pour quelques km sur la plage. Moments de bonheur, nous sommes bien, plaisir simple. Des km de sable à perte de vue, la musique de la mer pour nous accompagner dans nos pensées. Que du plaisir. Nous contrôlons notre allure car l’envie d’accélérer est grande mais prudence. Nous partageons ces instants avec quelques unes de nos co-locatrices luxembourgeoises.

Au 16ème km c’est le ravito en bordure du lac, plein des bidons, pointage des coureurs et encouragements des bénévoles qui seront tout au long de cette semaine de course d’une gentillesse et d’une disponibilité sans faille.

A la sortie du ravito, une belle bosse à franchir, et 10 kms plus loin après un long mono trace en bordure du lac c’est l’arrivée au bivouac sous les applaudissements du staff. Chrono de 3h47 pilou dans l’estimation et une 100ème place pour commencer.

Pour ce 1er bivouac, le lac fera une belle baignoire naturelle. Un vrai luxe pour cet endroit au milieu de nulle part. L’eau est fraiche mais délicieux moment de détente, je profite et vit pleinement ces moments. Après une collation nous nous retrouvons sous les pins protecteurs du soleil pour une sieste réparatrice.

Ensuite comme tous les soirs briefing de Gérard pour nous commenter l’étape du lendemain, moitié conseils moitié recommandations, mais toujours une mise en garde car la Trans Aq ne pardonne pas au trop audacieux. Une petite soupe et au lit car demain l’aventure continue.

 

 

Etape 2 -  Mardi 31 Mai

Maison forestière de la Gracieuse / Maison forestière du Lion (Lacanau sud)

40,60 km, D+ 410m. Cut off 8h08 (5 km/h)

Cette étape va nous emmener au sud de Lacanau. Notre estimation est de 5h50 pour cette étape longue et exigeante. Peu après le départ nous avons un point de vue quasi inédite dans les landes : le lac d’Hourtin d’un coté et l’océan de l’autre, le spectacle vaut bien une photo …

Nous arrivons sur la plage, et comme la veille le spectacle est grandiose et il y a comme une ambiance de fête. D’ailleurs Hélène en profite pour jouer les starlettes. Je suis heureux de la voir aussi cool et rassuré sur son mental. Mais si nous savourons pleinement ces km de sable dur, avec le vent dans le dos, il faut prendre la carte dans le bon sens et prendre une décision importante : le road book nous donne la possibilité de continuer sur la plage pour 6 kms supplémentaires ou rester sagement sur l’itinéraire fléché fait de sentiers plus ou moins sablonneux, plus ou moins vallonnés. Au loin sur la plage bon nombre de coureur on fait le choix de la plage, avec notre GPS nous saurons précisément le nombre de kms parcourus et donc nous pourrons rejoindre « facilement » l’itinéraire balisé. Sur la plage nous retrouvons d’autres coureurs et chacun mènera l’allure à tour de rôle. Cette « coupe » est bonne pour le moral, 12 km de terrain stable sur les 40 que comportent notre étape c’est le top. Chacun est heureux, les visages sont souriants mais il faut rester vigilant et savoir sortir de la plage. Hélène manifeste son envie de prendre la prochaine brèche dans la dune et l’intuition est certainement féminine car cette brèche donne sur un chemin qui nous mène 100m plus loin droit sur le ravito. Bingo. Plein des bidons, et l’aventure continuera par de la forêt jusqu’à l’arrivée. Le circuit nous emmènera sur les bords du lac de Lacanau. Instant paradisiaque et paisible, les bicoques et bateaux d’hier côtoient les villas et autres catamarans d’aujourd’hui, c’est un feu d’artifice de couleurs,…..

Nous longeons sur plusieurs kms le lac, arrive le dernier ravito et nous retrouvons Philippe notre colocataire à la recherche d’un second souffle. Nous lui proposons de faire la fin de l’étape avec nous. Sur cette fin d'étape nous traversons d’immenses parcelles totalement dévastées, les sentiers ont été défoncés par les engins de débardage, le sable est mou, voir très mou. Nous sommes dans l’effort, le soleil est au plus haut. Nous profitons d’avoir Hélène en grande forme, elle est 2 à 300 m devant nous, elle nous montre le chemin, ce qui nous permet à Philippe et moi de couper le chemin à la moindre occasion et de gagner de précieux mètres. Merci Hélène.

Arrivée la main dans la main pour nous trois. 5h40 et une brillante remontée au classement avec une 78ème place. Collation spéciale (pain + fruit + bière) en cette fin d’étape pour nous aider à récupérer et surtout à nous préparer pour la longue étape du lendemain. La toilette ce jour se fera au pied d’une pompe à main, où chacun pompera à tour de rôle pour apporter l’eau à son copain. Moment convivial où la bonne humeur est au rendez-vous. Une fois la « toilette » faite c’est l’heure de la récup et de l’inventaire des bobos. Si de mon côté les choses se présente relativement bien pour Hélène les pieds ont souffert de ces 40 kms. De grosses et vilaines ampoules ont faits leur apparition entre les doigts de pieds. La trousse à pharmacie est sortie et c’est à la seringue et éosine que l’affaire se traite. Bon courage Hélène.

La podologue de service en quête de patient nous rend visite et aide Hélène dans sa douloureuse entreprise. L’éosine brule et Hélène est proche de tomber dans les pommes. Il lui faudra plusieurs minutes pour refaire surface. Au vue des blessures, je suis inquiet, avoir des pieds dans un tel état au bout de la 2ème journée, ne présage rien de bon pour la suite. Il faut faire sécher et demain refaire les soins et bandage.

 

 Etape 3  -  Mercredi 1er juin

Maison forestière du Lion / Pointe du Cap-Ferret (plage)

58,1 km, D+ 310m, Cut off 12h55 (4,5 km/h)

C’est l’étape la plus longue. Notre allure sera basée sur un temps en 9h00 Nous avons bien gérer nos 2 premières étapes donc nous avons les ressources pour mener à bien cette journée. C’est dans cet état d’esprit que je me lève. Le départ sera donné en 2 vagues, les 75 premiers du classement partiront à 9h00 (ce qui est le cas de Philippe) alors que pour nous, le départ se fera à 7h30. Hélène doit ce matin consacré beaucoup de temps à soigner ses pieds, il faudra tenir près de 60 kms !!!! Au briefing la veille Gérard nous aura fait peur comme à son accoutumé en nous mettant en garde sur les derniers kms : ce sera une enfilade de « montagnes russes » sur plusieurs km avant d’arriver sur la plage et finir par 6 kms de sables plus ou moins dense, selon à quel moment nous passerons (marée descendante). Donc plus que jamais la prudence est de mise et nous sommes d’accord sur un point : pas de folie, pas de coupe hasardeuse qui pourrait nous pénaliser et nous faire perdre du temps et de l’énergie. Sur le road book, les coupes intéressantes sont neutralisées par des points de contrôle intelligemment positionnées empêchant ainsi toute velléité. Bien sûr la sagesse n’est pas la principale qualité d’un compétiteur et les coupes se feront mais sans nous. Un groupe mené par les jeunes militaires prendra un travers qui sera sanctionné par la direction de course car les coupes sont possibles à condition de respecter des règles simples et notamment celle interdisant formellement de piétiner les parcelles de jeunes pousses. La Trans Aq pourrait avoir des compte à rendre avec l’ONF, mais plus grave si les coureurs se perdent, il sera très difficile de les retrouver car il y très peu d’accès pour les 4x4, nous sommes au plus profond de la forêt des Landes.

Les premiers kms se font dans un décor sauvage, nous sommes sous les pins avec des fougères aussi hautes que nous. Le sol est ferme sous nos pieds et ce début de course se passe aussi bien que possible. Un groupe de 6 coureurs se forme naturellement : Pascal, Hélène, Béatrice, Pascale, Arnaud, Arnaud (de gauche à droite sur la photo du bas à gauche). Au fil de la conversation les duos, trios se font et de défont. Nous sommes attentif aux autres, nous nous attendons, alternons marche et course au gré des difficultés et des coups de fatigue. Pour ma part je passe de nombreux kms à discuter avec Pascal. Ce triathlète normand est un personnage attachant et fort sympathique. Il me parle de son projet de traverser en janvier 2012 l’Atlantique à la rame, départ de Dakar et arrivée entre 40 et 60 jours plus tard aux Antilles. Il a construit son projet depuis 2 ans pour faire connaitre une maladie infantile rare : la maladie de XXX. Depuis 2 ans il construit lui-même son embarcation, apprend la navigation, suit des stages de survie, crée un site internet (www.lesbrasdelocean.fr), fait des conférences dans les écoles pour que son aventure soit l’aventure d’un maximum de personnes….. Bref cette rencontre avec Pascal restera un moment fort de cette Trans Aq 2011.

Les contrôles se font fréquent dans ce début de course, c’est toujours un moment sympathique de croiser tous ces bénévoles. Passage sur le canal, la nature dans ses plus beaux habits, c’est tout simplement beau.

Pendant que nous faisions sereinement notre course, en tête de course les places bougent. Contre toute attente nous voyons arriver 2 coureurs de tête de classement mais pas de Guillaume qui caracolait en tête depuis le début. Nous apprendrons que Guillaume se perd dans une coupe et ne respectant pas les consignes, il continue sa course avant de s’apercevoir qu’il est sur la mauvaise piste. Bilan 8 km dans le mauvais sens, une course effrénée à près de 15km/h pour refaire sa place. Nous le voyons nous dépasser telle une bombe 10 mn après les 2 premiers. Mais la nature reprend ses droits et il finit par exploser en vol, ne pouvant maintenir ce rythme. Nous le rencontrerons quelques instants plus tard en sens inverse pour rejoindre un point de contrôle et arrêter définitivement la course. Cette attitude jugée peu sportive par beaucoup de coureurs alimentera les conversations le soir au bivouac. Avec l’avance prise les 2 premiers jours, il avait la possibilité de finir l’étape en limitant les écarts et de repartir le lendemain plus serein, d’autant que le mercredi était une journée de récupération avant l’étape de nuit. Dommage.

Pour nous tout se passe bien, les kms passent et nous voici dans les très redoutées «  montagnes russes ». Comme son nom l’indique cette partie est une suite de montées et descentes, dans des chemins très sablonneux, avec d’énormes ornières laissées par les engins de travaux forestiers. Pour ma part, je laisse le groupe aller à son rythme, je ne fait pas l’effort dans les bosses, je profite des descentes pour recoller au groupe. Je ne veux pas me griller à plus de 15 kms de l’arrivée. Sans doute pour avoir mal gérer mon alimentation, j’ai grand coup de « mou » à la sortie des montagnes russes. Le dernier ravito est là, je prends mon temps pour prendre un gel, boire, me rafraichir, rempoter mes bidons, enlever le sable de mes chaussures. Le groupe à repris la course, mais il n’est pas loin et je sais pour l’avoir vécu dans d’autre course, que dans un quart d’heure la forme sera revenue. Nous nous regroupons un peu plus loin sur la piste cyclable qui nous emmène jusque sur la côte. Une dernière dune et c’est l’océan, 6 kms de plage plein sud et le bivouac se dévoilera au dernier moment. Car en fin organisateur, Gérard nous a dit avoir masqué le bivouac de la plage afin de maintenir le suspens le plus longtemps possible.

Quelques photos pour immortaliser ce moment que nous vivons à pleins poumons. Je retrouve la plage pour la 3ème fois depuis le début de la semaine et c’est toujours un moment de pur bonheur. Où que mes yeux se posent, il n’y a que mer et sable et quelques points qui se déplacent vers le sud. Pas de béton, pas âme qui vive. J’ai une réelle sensation de liberté, je suis bien. Je suis entouré de personnes avec qui j’ai partagé une belle journée, des instants arrachés au temps. Comme plus tôt dans la journée, je passe beaucoup de temps avec Pascal. Nous reparlons de son projet, je suis très curieux, derrière la montagne de muscles se cache un homme généreux, qui sait se mettre au service des autres. Les kms passent, nous finissons à la marche car la fatigue est là, le sable est dense, peut-être que nous avons envie de profiter au maximum de ces instants magiques….

Et puis l’arche tant attendue se dessine au détour de la plage. Nous franchissons à 5 la ligne d’arrivée, Arnaud un peu plus lent, s’est laissé distancer sur la plage. 9h06 et une brillants 82ème place, à 6 mn de notre estimation. Nous continuons à gérer correctement notre allure.

Nous récupérons une bouteille d’eau gazeuse pour fêter l’évènement. Nous récupérons également notre 2ème sac avec le plein de vivres et de linges propres pour les 3 prochains jours de course.

Le campement est installé sur la plage en face de la dune du Pila, notre prochaine étape. La salle de bain ce soir est installée dans la petite station de Lège Cap Ferret. Pour y arriver il nous faut passer devant les restos, dur supplice quand on se nourrit depuis 3 jours de repas lyophilisés. Donc la douche c’est toujours aussi spartiate : tuyau d’arrosage sous une toile de tente pour l’intimité !! Le principal c’est de se sentir propre. La fraicheur des vêtements propres font du bien. De retour j’essaie de manger mais à part une soupe rien ne passe. Je grignote le reste de la soirée mais rien de bien consistant. C’est l’heure de compter les bobos. Pour ma part je soigne mes petites ampoules, tout va presque bien. Hélène de son côté reprend sa séance de piqure à l’éosine, rien de pire que le matin. C’est une presque bonne nouvelle. Demain c’est une journée de récupération, elle fera le plus grand bien.

La dune du Pila est là de l’autre côté du bassin à nous narguer. J’ai en tête la photo des coureurs des années précédentes qui grimpaient à 4 pattes le tas de sable….. C’est sur ces images que je dois faire dormir les yeux, à moins que ce soit celles de notre groupe de 6 au cours de cette belle journée…..

 

Etape 4 – Jeudi 2 juin

Le Pyla sur Mer (club nautique) / Lac de Cazaux (Esplanade Labat)

28.10 km, D+409m, Cut off 5h36 (5 Km/h)

 La nuit s’est bien passée. Ce matin c’est la grasse matinée. Je tente une soupe au petit dej, c’est bon et cela fait du bien. Pendant toute la journée je vais manger régulièrement, et recharger les batteries. Avec l’estomac en ordre de marche, la tête va beaucoup mieux. Dans ce type d’épreuve une bonne récupération et une bonne nutrition sont gages de réussite. Ensuite j’ajuste mes repas pour le reste de la semaine, fais le tri parmi mes vêtements, car il faut repartir avec un poids mini dans le sac à dos. En début après-midi, il nous faut quitter notre tente. C’est dans un parc public que nous attendrons l’heure pour embarquer dans les zodiacs qui nous déposerons de l’autre côté du bassin. En arrivant sur la plage c’est Jean Jacques mon photographe préféré que je voie l’objectif à la main prêt à faire feu. Ensuite c’est Yoyo, Véro et leur fille Cécile qui sont là pour m’accueillir. C’est émouvant de voir les amis qui ont fait cette longue route pour nous témoigner de leur sympathie. Je rejoins Hélène qui est en train de soigner ses ampoules. Le départ est prévu pour 21h30, c’est une étape de nuit sans road book, le balisage se fera aux tracés habituels plus des bâtons lumineux. Le départ est donné sur la plage, après un passage dans la ville en raison d’une marée haute et d’autorisation administrative invalidée, nous nous retrouvons au pied de la fameuse dune. La montée se passe beaucoup mieux que ce que j’avais imaginé. Au sommet nos copains jacquolandins sont au rendez-vous, par contre le soleil a oublié notre rendez-vous et La photo du coucher de soleil se sera pour une autre fois. Quel plaisir de voir nos amis ! Nous longeons les 2.5km de crête avant de plonger vers la plage. Nous suivons la plage sur 6 km, les pêcheurs sont au rendez-vous ce soir, il faut faire très attention aux lignes qui nous barrent le chemin. Un membre du staff nous indique la fin du passage sur la plage. Après un passage dans un bac à sable de 600 m nous en profitons pour faire le vide de sable dans nos chaussures et nous restaurer. Nous prendrons un interminable chemin, fait de faux plats et de passages de sable plus ou moins mou. Arrive le ravito qui marque la mi-course et rare repère dans cette étape de nuit.

Depuis le début de cette étape nous courrons avec Béatrice et Arnaud nos compagnons des jours précédents. Mais le rythme devient difficile à tenir pour Hélène. Ses pieds la font souffrir et nous laissons le groupe partir devant. Le but est comme toujours finir l’étape en maitrisant notre effort. J’entends régulièrement Hélène pousser des cris de douleur à chaque choc avec les racines ou les cailloux. Je suis attentif à notre progression et alors que nous montons une bosse particulièrement sablonneuse et difficile, je ne vois pas la balise qui nous indique le changement de direction sur notre gauche, nous continuons sur 7 à 800m avant de constater au prochain croissement qu’il n’y a pas de balise. J’ai emmené dans cette erreur Hélène et 2 autres coureurs. Un croissement sans balise, la règle est simple : demi-tour. Nous faisons donc demi-tour, nous remontons notre chemin sablonneux et nous retrouvons le bon chemin. Je suis énervé d’avoir commis cette erreur, avec l’état des pieds d’Hélène c’était l’erreur à ne pas faire. J’en prends un coup au moral, par contre Hélène sort de sa torpeur et c’est 2 paires d’yeux qui dorénavant montent la garde. Ce coup de « chaud » passé, nous prenons le temps de lever les yeux et d’admirer le ciel illuminé d’étoiles. Il fait doux, nous savourons malgré tout ces instants. Nous sommes au milieu de la forêt il est prêt de 2h00 du matin, aucun bruit, les parfums des pins et fougères nous enivrent. Humm !!!

Nous progressons dans un monotrace à travers les fougères, le rythme est meilleur et nous retrouvons quelques kms plus loin quelques coureurs dont Pascale et 2 luxembourgeoises. Nouveau coup de panique, nous arrivons à un croissement sans balisage, nouveau doute, sommes-nous encore perdu ? Nous refaisons le chemin en sens inverse, pour rencontrons d’autres coureurs qui nous confirment que nous sommes sur le bon balisage. Re demi-tour pour reprendre le circuit dans le bon sens, nous passons le croissement sans balisage, et une centaine de mètre plus loin, une rubalise nous rassure sur notre position. Nous sommes une bonne dizaine en file indienne à progresser à un bon rythme sur ce mono trace. A la dernière balise je retrouve Hélène qui était un peu plus loin dans la colonne, et c’est rassuré de voir l’arche bleue surgir du noir que nous allons nous réconforté autour d’une soupe et d’un morceau de pain. En apéro l’organisation qui ne recule devant aucun sacrifice, nous offre un verre de Cérons, vin blanc moelleux. Fatiguée, Hélène rejoint rapidement notre tente. Je reste un long moment en tête à tête avec ma soupe. Je suis heureux d’être arrivé, mais très déçu par la manière. Cette erreur à mi-course nous aura coûté avec l’autre croissement douteux une bonne demi heure de plus sur notre estimation. Nous finissons en 5h01 pour une prévision en 4h30. Elle aura pu avoir des conséquences plus fâcheuses.

Un membre du staff nous attend à l’entrée du camp de pour nous conduire à notre tente. Ce soir, cette nuit plutôt pas de décrassage, j’enlève tous mes vêtements humides que j’étends comme je peux, en espérant le retrouver sec quelques heures plus tard. Car la nuit va être courte d’autant que nos voisins britanniques ont décidé de nous pourrir la vie encore un bon moment. Dans 4h c’est le réveil.

 

Etape 5 - Vendredi 3 juin

Maison Forestière de Leslurgues (Mimizan plage) / St Julien en Born (camping de la lette fleurie) 28 km, D+ 459m, Cut off 5h06 (5,5 km/h)

 

6h30 réveil comme tous les matins. La nuit aura été courte mais je ne suis pas trop à côté de mes pompes. Ce matin le bivouac est calme. Tout le monde vaque à ses occupations. Il n’y a pas ces grandes rigolades des matins précédents. Le campement se réveille doucement. Nous sommes au bord du lac de Cazaux, l’endroit est magnifique.

Un coureur courageux en profite pour piquer une tête. Une rapide toilette pour avoir la sensation d’être propre et c’est reparti.

9h00 les cars sont là pour 2h00 de transfert à côté de Mimizan plage. Un camp militaire « sensible » nous prive de cet endroit de la côte.

Hélène en profite pour vérifier la carte, une erreur ok, mais pas 2….

Je crains cette journée car après une étape de 60 kms, une étape de nuit et peu de sommeil, j’ai peur que les crampes surviennent. Depuis le début de l’aventure, je n’ai pas eu de courbatures, ni crampes et je me dis que si cela devait arriver, c’est sur ce type d’étape. On verra bien.

Les premiers kms nous progressons sur des pistes cyclables, puis se sera du chemin forestier. Peu de difficulté pour ces 28 kms en milieu forestier. Le sable est plus dense que sur le nord de l’Aquitaine. Seule la chaleur peut nous ralentir, donc nous nous hydratons régulièrement. Nous reformons un groupe de 4 coureurs avec Béatrice et Pascal. De beaux moments …. L’ambiance est sereine au sein du groupe, nous savons que quoi qu’il arrive nous serons demain sur la ligne d’arrivée. C’est rando course toute la journée.

Hélène ne parle plus de ces pieds, elle souffre en silence, car côté cicatrisation c’est loin d’être le top. J’ai beau connaitre Hélène et sa force de caractère, j’en connais beaucoup qui aurait arrêté depuis 3 jours. Elle force mon admiration.

Nous arrivons en vue du camping qui nous accueillera pour cette 5ème étape. Nous entrons par un portillon et c’est une standing ovation que nous gratifie les coureurs déjà arrivés. Nous traversons le campement pour passer sous l’arche que les organisateurs ont placé à l’opposé. C’est un moment fort en émotion. Photo souvenir, embrassades, un instant fort de cette Tans Aq …. Nous finissons en 4h02’13 pour un temps estimé en 4h01’55. Qui c’est les champions ? Jusqu’aux derniers arrivants, 2h30 plus tard, le campement applaudira les coureurs. Une belle solidarité.

Les tentes sont dressées au milieu des fougères. Nous allons prendre la première douche chaude depuis le départ. C’est le grand nettoyage, la grande lessive...

Passage par la case podo, car tout l’après midi une douleur parfois vive me prenais à l’extrémité d’un doigt de pied. Il y avait bien une petite ampoule depuis 2 jours, mais pas vrai important. Ce sera donc un ongle incarné qui sera à l’origine de cette douleur. 2 coups de ciseau, une grosse sueur froide, un cœur qui monte à 200 et c’est fini.

La fin de soirée se passe comme dans un rêve. L’ambiance est à la rigolade sur le campement, on est tous heureux d’être encore là. Nous savons que la dernière étape ne sera qu’une formalité. Après un petit diner copieux, on se couche tôt, on reste longtemps à raconter nos « vies », nos rêves de coureur….. La vie est belle. Le sommeil viendra plus tard, je vis pleinement cette fin de soirée. Pour moi la Trans Aq pourrait s’arrêter là, j’y ai trouvé ce que j’étais venu chercher ….

 

 

Etape 6 - Samedi 4 juin

St Julien en Born / St Girons plage

22,8 km, D+ 142 m, Cut off 4h09 (5,5 km/h)

C’est la dernière étape, je suis en pleine forme, j’ai envie de me lâcher. Bien sûr je n’oublie pas la course d’équipe que je fais avec Hélène et nous franchirons quoi qu’il arrive la ligne d’arrivée ensemble. Je me le suis promis depuis le départ. Mais je sais aussi que dans ces finish, ne pas courir dans son rythme on peut y laisser des plumes. Le départ sera rapide, tout le monde n’a plus rien à craindre. Nous courrons nécessairement le début plus vite que les jours précédents. Je me positionne devant Hélène pour imprimer une allure rapide, j’essaie de rester au contact visuel. Un autre coureur optera pour la même tactique avec son amie. L’allure a beau être rapide, je suis dépassé par beaucoup de coureurs. Ils sont tous fou ce matin, ça sent l’écurie. Après avoir longé un cours d’eau, nous passons dans une grande étendue herbeuse et marécageuse où paissent tranquillement des chevaux. Puis c’est de nouveau des chemins forestiers. Je marche dans les montées, je reprends la course dans les descentes, Hélène est toujours quelques centaines de mètres derrière, je l’aperçois régulièrement dans mon rétroviseur. Elle a beau avoir les pieds en piteux état, je sais qu’elle est capable de s’énerver et de nous mettre une accélération dans les derniers kms. Elle est comme ça notre tortue bretonne !!

Km 14, le ravito est en vue, nous sommes dans les derniers passages sablonneux. Hélène me rejoint. Je remercie au passage notre podologue pour ces soins d’hier soir qui me permettent de courir sans aucune douleur. Nous avons encore 1 km de sentier forestier avant d’atteindre la plage. Dernière dune et la plage est là. 9 kms de sable pour boucler cette semaine trans aquitaine. Jean-Luc un nantais nous accompagnera sur cette dernière ligne droite. La marée est descendante, nous sommes au bord de l’eau à la recherche du sable de plus dense. L’allure et soutenue. Les km passent rapidement. Une silhouette qui nous est très familière arrive à notre rencontre : Yoyo. En ami fidèle il a enfilé short et chaussures et nous accompagnera pour ces 4 derniers km. Cécile, sa fille nous fera également le plaisir quelques km plus loin de venir nous accompagner. Je savoure ces derniers kms en compagnie d’Hélène, Cécile et Yoyo. Lionel nous encourage pour ce finish qui ne pouvait pas être plus beau. Ce sont des moments très forts en émotion, des instants uniques,….. Dernier passage de sable mou pour remonter la plage, nous passons pour la dernière fois l’arche main dans la main. Gérard, l’organisateur est sous l’arche pour nous accueillir et nous féliciter pour notre course.

Nous finissons cette 6ème étape en 2h41 pour un objectif au environ de 3h00. Au global nous avons couru 30h20 pour couvrir les 205 km de cette Trans Aq 2011. Dans nos espoirs les plus optimistes nous tablions sur 30h00, sans km supplémentaires de l’étape de nuit nous serions pilou dans les temps. Une aventure que nous avons vécu chaque minute pleinement, avec ses moments de rencontres, de partage, de doute parfois, difficiles aussi, mais toujours avec le plus grand des plaisirs.

Fin d’une belle aventure que je souhaite à tout coureur de pouvoir vivre au moins une fois.

 

Je remercie vivement Gérard, l’organisateur et tout son staff pour la qualité de l’organisation, plaçant au centre de ces préoccupations la sécurité et le bienêtre des coureurs qu’il a accueilli. Un staff, qui, à toute heure, nous a encouragé, réconforté, soigné,… Il a su nous offrir une semaine unique, nous faire découvrir des paysages somptueux et encore préservés.

 

Je pense aussi à tous les jacquolandins qui au fil de ces 6 mois nous ont encouragé, à tous les messages que nous avons reçu durant cette semaine. Soyez remercié pour tous ces témoignages de sympathie. Ils nous ont réchauffé le cœur, et boosté pour passer les (rares) moments difficiles que nous avons rencontrés.

 

Merci à Hélène pour son amitié sans faille. Une amitié qui se tisse à chaque km partagé. Merci pour sa générosité, son inaltérable bonne humeur malgré les affres de la vie et son soutien inconditionnel.

Enfin merci à Maylis, Laura et Martine, les 3 amours qui partagent ma vie, pour m’avoir permis de m’entrainer pendant de longues heures et vous abandonner une semaine pour vivre des moments uniques.

FIN

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Commentaires: 2
  • #1

    Javier Bushong (jeudi, 02 février 2017 23:35)


    Wow that was odd. I just wrote an really long comment but after I clicked submit my comment didn't appear. Grrrr... well I'm not writing all that over again. Regardless, just wanted to say wonderful blog!

  • #2

    Jenni Johnston (vendredi, 03 février 2017 12:34)


    Can you tell us more about this? I'd want to find out some additional information.